Le Foot bat le Rugby

Publié le par seblog

Malgré sa bonne image, le rugby a du mal à concurrencer le football.
AFP/DANIEL LUNA
Malgré sa bonne image, le rugby a du mal à concurrencer le football.

 

Avec 273 084 licenciés en 2009, contre 2 225 595 pour le football la même année, il serait incongru de penser que le rugby puisse un jour, en France, surpasser le football. Personne, pas même les supporteurs les plus acharnés du rugby, n'oserait en rêver. Cependant, quantité et qualité ne vont pas forcément de pair. Il arrive que le ballon ovale prenne le dessus sur le rond. A Paris, capitale de la France, et à Toulouse, capitale du rugby, les spectateurs attirés par le rugby ont été plus nombreux que ceux qui ne jurent que par le foot lors de la saison écoulée.

L'IMPORTANCE DES RÉSULTATS DES CLUBS ET DES ÉQUIPES NATIONALES

Paris abrite d'ailleurs deux équipes de rugby du plus haut niveau, le Stade français et le Racing-Métro 92, qui figurent dans le Top 14, contre une seule, le Paris-Saint-Germain, évolue en Ligue 1 de football. Les piètres prestations du PSG, et les violences qui les accompagnent parfois, ne sont sans doute pas étrangères à cet état de fait. Les tristes résultats de l'équipe de France ne sont sans doute pas étrangers non plus à une certaine désaffection.

Au contraire, le rugby français peut se targuer cette année d'avoir placé deux clubs en finale de la Coupe d'Europe, Toulouse et Biarritz, un autre, Toulon, en finale du Challenge Cup (coupe d'Europe de série B), et du Grand Chelem du XV de France dans le Tournoi des six nations. Le Stade de France ou le Stade Vélodrome de Marseille font le plein chaque fois que l'équipe nationale y officie. Il en sera de même samedi 29 mai, lors de la finale du Top 14 entre Perpignan et Clermont-Ferrand. En 2009, cette même affiche, diffusée simultanément sur France 2 et Canal+, avait réuni plus de 4 millions de téléspectateurs.

PERCÉE DU RUGBY AU NIVEAU NATIONAL

Sport essentiellement régional, le rugby a connu une très forte croissance après son passage au professionnalisme, en 1995. Jusqu'alors, son audience était quasi exclusivement locale, malgré quelques pics imputables aux succès de l'équipe nationale dans le Tournoi des cinq puis six nations. Cette percée au niveau national est due en bonne partie à la présence au sein de l'élite du Stade français, dirigé par Max Guazzini.

L'ancien patron de la radio NRJ a su donner à ce sport une dimension jusqu'alors inconnue malgré les regards pas forcément bienveillants portés depuis la province. Lors des premières années, les joueurs qui signaient des contrats avec le club de la capitale étaient considérés comme des mercenaires.

Max Guazzini a été le premier à délocaliser certains des matches de son équipe du traditionnel stade Jean-Bouin, dont la capacité n'excède pas 9 000 spectateurs, au Stade de France. La très grande majorité des quelque 80 000 places que contient cette enceinte étaient occupées. Les rencontres elles-mêmes étaient accompagnées de mises en scène plus ou moins fastueuses, feux d'artifice, mini-concerts, défilés.

La politique tarifaire, avec de très nombreux billets à 5 euros, n'est pas étrangère à cet engouement du public. Mais elle n'explique pas tout : en quatre ans, la moyenne des spectateurs présent aux matches de Top 14 a fortement progressé : de 9 795, en 2005-2006, à 13 529 en 2009-2010.

DEUXIÈME SPORT COLLECTIF  

"Le rugby compense nettement son écart avec le football, mais il part de très loin", observe Didier Primault. "En termes de spectateurs, il y avait un gouffre mais il y a eu, ces dernières années, un énorme rattrapage et un important travail qui fait que le rugby est clairement installé comme deuxième sport collectif aux dépens du basket, poursuit cet économiste rattaché au Centre de droit et d'économie du sport (CDES).Les principaux points forts du rugby ont été formidablement bien exploités. Ses relations avec les partenaires et sa capacité à aller chercher des mécènes font qu'il a fait mieux que tous les autres sports en France."

Par rapport aux autres sports, et notamment le football, le rugby bénéficie d'un atout considérable avec les valeurs dont il se réclame : respect d'autrui, solidarité, courage et convivialité sont portés et renforcés par le comportement des supporteurs qui partagent cordialement des verres avant et après les matches. Des études menées par le CDES, lors de la Coupe du monde de rugby 2007, ont permis de vérifier l'impact économique et social de ce sport. Si ce capital sympathie attire des familles entières, il ne laisse pas non plus de marbre les entreprises.

LES DANGERS DU BUSINESS 

"Les marques ont bien compris l'intérêt de ce capital, constate Didier Primault. Le côté un peu frais des joueurs, qui n'ont pas des attitudes d'enfants gâtés, de stars, en font des supports très porteurs sans le risque de dérives que le football a connu récemment. L'évolution du rugby dans ce domaine a été fabuleuse. Mais des phénomènes comme celui de Chabal cachent peut-être aussi la forêt. Il n'est pas sûr que les joueurs de rugby soient plus "bankables" que les footballeurs."

Ce fonds dont se nourrit le rugby n'est pas à l'abri de toute déflation. Très rapidement après le passage au professionnalisme, certains "anciens" ont souligné le danger que l'argent faisait courir à leur sport, dénoncé l'exploitation commerciale et le galvaudage des valeurs chevillées à leurs vieux crampons.

"Avec le développement formidable qu'il a connu ces dernières années, on peut se demander si le rugby n'est pas en train de se mettre en danger, analyse l'économiste. L'ambiance dans les stades est le fruit d'une forte culture mais, sur le terrain et dans les vestiaires, on est en train de passer vraiment dans le business avec les difficultés que cela peut générer, notamment avec une hiérarchie des salaires qui pourrait exploser."

INFLATION SALARIALE

On a assisté ces dernières saisons à des tensions entre dirigeants de clubs riches et de clubs pauvres, ou entre dirigeants et joueurs, et à des comportements de certains publics pas vraiment élégants. Mais ce n'est pas le seul danger qui le guette. Pour Didier Primault, le rugby commence à "piocher un petit peu" après avoir"pratiquement fait le plein". Ce qui a contribué à lui assurer une belle assise le fait aussi vaciller, surtout en période de crise.

Le fait que le rugby français soit devenu le premier marché mondial a généré, avec l'arrivée de joueurs étrangers très cotés, une inflation des salaires. Et un club de rugby, avec 35 joueurs sous contrat, ne se gère pas aussi facilement qu'une équipe de basket.

La décision de la Ligue nationale de rugby de limiter la masse salariale à 8 millions d'euros à partir de la saison prochaine n'a pas été appréciée également par tous les clubs professionnels.

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Publié dans Actu

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