L'Espagne ne gagnera pas
Championne d'Europe en titre, l'Espagne se présente au Mondial avec le costume de favori. Equipe ultra-technique, son jeu en mouvement à une touche de balle, le fameux tiki-taka, réclame d'être physiquement au top et c'est là que le bât blesse. «De nombreux cadres de la sélection se sont blessés lors des mois précédant la compétition, regrette Sergi Solé, journaliste au journal barcelonais El Mundo Deportivo. Del Bosque va avoir des problèmes pour mettre tout le monde en condition.» Torres s'est fait opérer d'un genou et a passé un mois et demi sans jouer, tout comme Fabregas (tibia). Iniesta, qui a joué 43 matches avec le Barça cette saison, a eu de nombreux problèmes musculaires, comme son coéquipier Xavi. Le métronome barcelonais a tout de même effectué la bagatelle de 53 rencontres rien qu'avec son club. Du coup, Vicente Del Bosque songe à programmer sa Seleccion pour qu'elle soit au top... en huitièmes !
«Je ne pense pas que le premier tour posera un problème avec le Chili, la Suisse et le Honduras. Du coup, les joueurs qui ne seront pas au top physiquement seront préservés pour la suite de la compétition. Car en huitièmes, il y aura le Brésil, le Portugal ou la Côte d'Ivoire», prévient Sergi Solé. Javier Gomez, consultant pour Canal + sur le football espagnol, est beaucoup plus circonspect : «Je déteste ce tirage. On va avoir des matches plutôt faciles avant de se retrouver avec un énorme défi dès les huitièmes. L'adversaire, lui, aura joué deux rencontres à haute tension dès la phase de groupes.»
Pendant des années, l'Espagne a eu un effectif qui avait le niveau pour gagner de nombreux titres. Mais minée par les ego des joueurs du Barça et du Real qui la formait, la Roja a souvent échoué dans sa quête de palmarès. Alors que l'on pensait que ces disputes de clochers appartenaient au passé et que l'Euro 2008 avait tout aplani, il n'en serait rien. Certains expliquent que le clan madrilène (Casillas, Sergio Ramos, Albiol, Arbeloa, Xabi Alonso) et celui du Barça (Puyol, Piqué, Xavi, Iniesta, Busquets) s'affronteraient dans une lutte de pouvoir au sein de la Seleccion.
Sergi Solé ne pensait d'ailleurs pas que Del Bosque prendrait Pedro (23 buts cette saison toutes compétitions confondues avec le Barça) ou le gardien catalan Victor Valdés parce que cela ferait «vraiment beaucoup de Barcelonais». Avec le néo-Catalan Villa, ils sont désormais huit du Barça dans la Roja. Cela romprait-il l'équilibre du groupe ? Javier Gomez, qui connaît très bien le fonctionnement interne de la sélection, ne le pense pas : «L'ambiance au sein du groupe est excellente. Les deux capitaines, Casillas et Xavi, tiennent l'effectif d'une main de maître. Tous ces joueurs évoluent ensemble depuis les moins de 16 ans ou depuis les Espoirs. Franchement, il n'y a aucun problème. Et ce sont tous des jeunes bien élevés, avec la tête sur les épaules !»
Meilleur ami d'Andrés Iniesta dans la vie, vainqueur trois fois de suite du Trophée Zamora qui récompense le gardien qui a encaissé le moins de buts en Liga, Victor Valdés (FC Barcelone) fera bel et bien le voyage en Afrique du Sud mais en tant que troisième portier ! «Beaucoup de gens disent que son caractère est trop difficile, qu'il ne s'entendra pas avec Casillas et Reina et qu'il ne comprendrait pas d'être seulement le troisième homme. Mais Valdés a beaucoup changé depuis sa récente paternité. Il a tout donné pour être au Mondial et il se donnera à fond à l'entraînement pour que Casillas soit au top», explique le journaliste catalan, forcément conquis.
Del Bosque, qui ne l'avait jamais appelé avant le Mondial, a eu très peu de temps pour juger sur pièces puisqu'il l'a appelé pour la première fois avec son groupe des 30 avant de l'intégrer dans les 23. «Pour moi, il est le meilleur gardien d'Europe cette saison. Il peut apporter beaucoup au groupe», s'enthousiasme Javier Gomez. Troisième gardien depuis des mois, grand ami de Casillas et Reina, l'excellent Diego Lopez (Villarreal) a finalement payé la forme du Catalan et reste à quai. Les deux premiers portiers vont-ils faire de la place à Valdés ? Petit à petit, Del Bosque prend les décisions importantes pour son équipe et apporte sa patte. En Espagne, pour le moment, on ne s'en plaint pas.